Fraissinet – Le Bijou

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© Pascale Angelosanto

vendredi 16 février

Tout commence avec cette voix terriblement envoûtante. Avec ce sourire, cette tendre mélancolie, ces doigts qui caressent le piano et le raffinement de cette main gantée. Fraissinet est au piano, assisté par Germain Umdenstock à la guitare, avec comme support les magnifiques chansons de ce magnifique troisième album « Voyeurs ».

Avec ce Nicolas en chef de bord, on est un peu funambules, on voyage sur le fil de l’émotion, sans trop savoir vraiment quand elle nous submergera. Serait-ce durant ce merveilleux moment hors du temps, sur « Notre ressemblance » ? Ou l’émotion est-elle cachée au plus profond, là où on ne l’attend pas, comme avec cette douce anecdote relatant cette drôle de rencontre avec Jean Rochefort ?

Ce soir, ils sont trois sur scène : Nicolas, Germain, le piano. Ce dernier prend vie sous les doigts du chanteur : il est présent comme un personnage à part entière, car quand les mots ne suffisent plus, c’est lui qui hurle, lui qui chante.

Lui et son musicien s’échangent de merveilleux regards. Alors Nicolas enfile son costume de conteur, et nous confie au creux de l’oreille leur rencontre, à l’ombre d’un baobab… On retiendra à jamais ce Nicolas : sa voix qui se brise en un murmure sur «Dis, quand reviendras-tu ? », chanson empruntée à sa muse, ces doigts s’agitant sur le clavier comme les pattes d’une petite araignée… une araignée du soir ?

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Cinq – Halle aux Grains / Lavaur

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samedi 10 février

Ce soir ils sont cinq, armés de leurs mots et de leurs instruments respectifs, pour nous offrir un souvenir mémorable. Imbert Imbert et sa magnifique contrebasse, Valérian Renault et son grain de voix si particulier, Guilhem Valayé et ses textes mélancoliques, Chloé Lacan, « la caution paritaire de la soirée », pour « un peu de douceur, dans ce monde de brutes », et David Lafore, l’inqualifiable : ces cinq-là se réunissent tous ensembles, autour d’une passion commune les uns pour les autres. Et les voilà, ces cinq artistes, à se regarder l’air ébahi, presque « un peu cons ».

Le concert débute sur la magnifique chanson « Février », lancinante, propulsée comme une supplication par la voix de Valérian. S’enchaine à celle-ci « Balcon », où la puissance cachée de la voix de Guilhem résonne, accompagnée de celle de Chloé sur les refrains : « Il pleut aussi dehors, je ne me sens plus assez fort pour les vœux comme pour les remords ».

Chloé Lacan, avec sa douceur mais aussi son cynisme, nous chante sa version des contes de fées : « Le prince charmant ne viendra pas, sa voiture est tombée en rade dans un bled paumé de campagne ! ».

David Lafore –que je découvre ce soir -, remplace Nicolas Jules : lui aussi a cette folie qui coule en lui, lui aussi a ces yeux qui pétillent. Il provoque des vagues de rire dans le public, mais pas que, puisque ses camarades chanteurs finissent à leur tour par le rejoindre dans ses fantaisies.

Imbert Imbert, le poète à la contrebasse, laisse la salle muette, submergée par l’émotion, quand il interprète « La vie mord », et quand sa voix éclate et s’envole : « C’est l’animal errant sur une errante étoile / C’est l’araignée filant une filante toile / C’est l’énergie qu’on sent, la beauté qu’on devine / C’est l’enfant qui se lève mais l’homme qui piétine »

Ce plateau inédit -ou presque- laisse aussi place à des duos exceptionnels : alors que Chloé Lacan interprète sa « Pêche Au Bonheur », Valérian la rejoint sur un couplet, avec le sourire aux lèvres ! On retrouve, pour notre plus grand bonheur, le duo de Valérian et Guilhem, sur « la Montalbanaise ».

Guilhem le dit si bien : « on est spectateurs à mi-temps » : les « cinq » s’observent à la dérobée, ce spectacle est l’occasion pour eux de se (re)découvrir, de s’amuser entre eux, autour de leur répertoire respectif.

facebook.com/guilhemvalayepublic

www.valerianrenault.fr

www.davidlafore.fr

www.chloelacan.fr

www.imbertimbert.fr

Mathieu Lippé – Le Bijou

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© Courtoisie

jeudi 1er février

Mathieu Lippé nous accueille sur des sons délicieusement folks. Devant un public survolté, il se déhanche lors de twists endiablés sur le titre « Tout passe ». Les sons de plusieurs guitares, d’un piano, et même d’un accordéon se lient aux textes de Mathieu, signés de sa plume. Les airs sont presque parfois un peu jazzy, et notre ami du Québec -accompagné de Cédric Moulié, son acolyte au chapeau haut de forme-, nous emmène dans ses fables un peu fantasques.

Il alterne belles images et subtils jeux de mots, et comme une petite araignée, il tisse une toile de phrases autour de lui. Il manie les mots à la perfection, il en est amoureux, et il les laisse s’envoler jusqu’à nos petites oreilles. Il « imagine », presque en rappant, un tas de choses. Il s’interroge sur la mort, souvent, sur l’amour, parfois, mais sur le reste, aussi.  Sa délicieuse voix, colorée de ce merveilleux son québécois énonce ces vers : « Même la haine, au fond d’elle-même, elle m’aime ».

Mathieu Lippé titille toutes les cordes de son arc : il est déchainé, mais pourtant, quand Cédric s’installe au piano, le Québécois se calme et nous émeut. Il nous montre même l’étendue de son talent, en improvisant en direct une chanson. Il est à la fois rappeur, slammeur, chanteur et conteur. Il nous dévoile, dans un intime moment, le fruit de ses imaginations.

Mathieu Lippé pratique la poésie, voilà ! Une poésie simple : car les mots qu’il affectionne tant, dans sa bouche, se mêlent et s’entremêlent, pour laisser place à un joli spectacle, qui nous emmène aux quatre coins du monde.

« Plongeons dans le volcan, brûlons avec joie, calcinons intensément, on ne flambe qu’une seule fois ! »

www.mathieulippe.com

Claude Fèvre & Emilie Marsh – Le Bijou

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vendredi 13 octobre

Ce soir, dans l’intimité du Bijou, Emilie Marsh et Claude Fèvre nous offrent un bien beau portrait, celui de Brigitte Fontaine, celui de l’artiste en déshabillé de soie. Alors que la guitare d’Emilie grince délicieusement, Claude entre en scène. Elle est comme une apparition. « Je mesure 1m69. Je suis une femelle francophone de race blanche. ». Ses yeux semblent habités par quelque chose d’éloigné, qui la rend différente, ce soir. Les mots coulent hors de sa bouche, ils se fracassent contre nos oreilles. Rythmée par la guitare électrique d’Emilie, les mots de Claude frappent : « Je suis méchante ! Foutez-moi la paix ! (…) Méfiez-vous de moi ! »

Emilie et Claude sont là l’une pour l’autre : l’une dans l’univers des mots, l’autre, plongée dans sa musique, faisant vibrer sa guitare, explorant chacune de ses sonorités. Puis cette dernière rompt le rythme, un instant, et laisse Claude dans un silence troublant, avant de la rejoindre à nouveau. Toutes les deux jouent à un merveilleux jeu. Claude décortique chaque mot, explore chacune de ses sonorités, de ses syllabes. L’amoureuse des mots est majestueuse. Emilie, à côté d’elle, a le regard ancré sur l’horizon, puis elle détourne les yeux vers Claude. Elle l’admire, l’étudie.

Les deux artistes prennent l’espace qu’on leur offre, et elles le remplissent de mots et de musiques, de petits morceaux d’elles-mêmes. Elles se réunissent pour notre grand bonheur, dans un moment unique et intime. Le texte est rythmé par l’obsession de Brigitte Fontaine : son déshabillé de soie, ses « frôlements », ses « gonflements ».

« La vie est menteuse, sadique, sournoise, satanique. La vie est folle de moi, mais pas moi… » Claude clame ses mots comme si ils étaient les siens, les chuchote parfois, les hurle à pleins poumons, en un seul cri, de douleur ou bien de rage. Claude est à la fois parfaitement ailleurs et tellement présente. Elle sombrerait presque dans une délicieuse démence. Les deux femmes sont illuminées par une lumière tamisée, elles sont resplendissantes.

Claude enfile un blouson de cuir noir, le regard suspendu dans le vide : « vêtue en bécassine japonaise ». Parfois même, elle chantonne, marmonne : c’est beau, ça tremble, un moment à fleur de peau. Alors qu’Emilie bouge lentement sous les battements de son instrument, elle joue avec un foulard d’un jaune éclatant.

Adossée au pilier noir, Claude est belle, le regard suspendu dans le vide. Emilie ne la lâche pas, sa guitare est là pour soutenir le moindre de ses mots. « Il n’y a pas de conclusion, même pas de commencement. Tout est là comme toujours. Mais quelque chose s’est produit. »

Photo Emilie : © Romain Jacquot

chantercestlancerdesballes.fr

www.emiliemarsh.com

Camille Hardouin – Le Bijou

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© Nicolas Blanchard

jeudi 21 septembre

Camille Hardouin est comme une enfant découvrant le monde qui l’entoure : son regard rempli d’innocence est brillant de malice, et il se pose avec amour sur son public. Pour elle, le Bijou, c’est comme « un ventre de baleine à l’abri du monde ». Et c’est dans cette intimité et dans cette fébrilité que la jolie Camille nous livre les chansons de son nouvel album. Ses bras dansent au dessus de sa tête, pour elle, avec elle, dévoilant les mots qui y sont griffonnés.

Magnifiquement accompagnée par la guitare et la contrebasse de Jean-Laurent Cayzac et par la clarinette de Louise Goupil, Camille éclaire, comme une nébuleuse. Elle nous chante sa chanson « Le Géant », une chanson d’amour et d’émerveillement : « Oui, je l’ai embrassé, c’était embrasser la montagne ! ».

Camille articule dans un anglais chaleureux sur le titre « Lies », fait résonner sa voix au creux de la contrebasse ou fait glisser un archet le long de sa guitare électrique. Son monde à elle est un monde d’expériences, d’innovations dont elle a le secret. Camille nous invite à un voyage vers « un endroit qui n’existe pas ». Dans l’obscurité, sa silhouette se dessine mystérieusement. L’émotion la submerge et sa voix se brise : elle est à fleur de peau, elle vit ses chansons, et c’est ainsi qu’on l’aime.

« Je m’enfuis comme une femme, je marche comme une reine, je pleure comme une voleuse »

lademoiselleinconnue.blogspot.fr

 

Alexis HK – Le Bijou

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© Marc Philippe

jeudi 14 septembre

Tonnerre d’applaudissements, tempête de sourires et tornade de rimes ce soir au Bijou avec Alexis HK. Il nous présente son nouveau tour de chant, qu’il précise « interdit aux enfants de moins de 36 ans »… Calme et posé, Alexis paraît confiant. Car rien ne peut lui arriver une fois qu’il est sur scène. Il n’a plus rien à prouver, mais tant à nous faire découvrir…

Alexis amuse quand il parle des « trolls » d’Internet ou fait sourire quand il raconte son amour pour les canidés. Le public est pendu à ses lèvres et à sa guitare, alors qu’il se trémousse au rythme de ses ritournelles… Le chômeur intermittent fond comme une gourmandise, un bonbon sucré mais un peu piquant sur le bout de la langue.

Alexis se présente avec nonchalance : la scène, c’est son chez-lui, et nous sommes ses amis les plus proches. Les mains dans les poches de son jean, presque, il quitte sa carapace d’« ours bipolaire », d’ « hermite en colère ». Il annonce que « c’est un peu dark, mais je vous rassure… ça va pas s’arranger ». En effet, il aborde dans ce nouveau spectacle les « tréfonds de l’âme humaine », mais ce n’est pas pour autant qu’Alexis va nous faire sombrer dans le déprime, bien au contraire. Car malgré la noirceur de certaines chansons, l’indémodable Alexis est tout plein d’amour, et il nous chante la vie, la vraie, avec une simplicité enivrante.

www.alexishk.com

Festival International de la Chanson de Granby

jeudi 24 et vendredi 25 août – église st-geoges et restaurant « c’est belge »

Festival International de la Chanson de Granby

BONBON VODOU

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© Jean-Noël Cantelli

mercredi 23 et jeudi 24 août – église st-georges et pub du village 

Bonbon Vodou, c’est un duo pétillant aux influences créoles et africaines, composé de JereM et d’Oriane Lacaille.

Ces deux-là portent bien leur nom, car leur spectacle est semblable à une douce friandise qui fond et qui picote sous la langue. Les musiques sont entraînantes et charmantes. Il est à la guitare, au ukulélé et au chant. Elle est au chant et aux percussions. Ils s’assemblent si parfaitement, qu’on ne pourrait imaginer l’un sans l’autre. Il est fort, elle est douce, et parfois c’est l’inverse. Elle est sérieuse, il est joueur, et parfois ils inversent. Les voix sont harmonieuses et s’entremêlent splendidement. Leur si grand sourire est communicatif et lumineux.

Ça pétille, ça explose et ça donne envie de se trémousser : Bonbon Vodou, c’est un vent de fraîcheur et d’amour qui s’abat sur Granby !

On est si bien en leur compagnie qu’on serait prêts à faire nos valises pour partir avec eux faire le tour du monde… « en vélo d’appartement », pourquoi pas !

« A force de faire les crétins, de se dire ‘ma biche, oh ma biche’, se jeter des coups d’œil en coin, nous v’là amoureux, c’est malin ! »

www.bonbonvodou.fr

Festival International de la Chanson de Granby

MEHDI CAYENNE

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© Geneviève L. Richard

mercredi 23 août – cocktail de la nuit émergente de sudbury 

Ses yeux crépitent d’un feu qui ne s’éteindra pas. Il se déhanche comme si sa vie en dépendait, et c’est sa guitare qui dicte ses mouvements. Avec son instrument comme seule arme, Mehdi Cayenne défie la vie avec audace. Un sourire taquin accroché aux lèvres, il grogne, il crie, il s’embrase, mais surtout il chante.

« Je t’aime à des heures impossibles », les mots lui brûlent les lèvres : il les laisse sortir, et ses paroles viennent nous frapper en plein visage.

C’est comme si le diable avait pris possession de son corps qui se secoue et de ses membres qui tremblent. Il saute hors de sa boîte, et le voici devant nous pour notre plus grand bonheur. Son sourire est enjôleur et sa voix est écorchée. Il entraîne le public au rythme de ses folies.

Mehdi Cayenne, c’est un incendie qui ravage tout sur son passage. Mehdi Cayenne, c’est une étonnante étincelle à l’accent chaud. Medhi Cayenne, c’est un immense brasier. Un feu de joie.

www.mehdicayenneclub.com

 

Archibald – Le Bijou de l’Été

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© Michel Gallas

mercredi 02 août 

À Sengouagnet, juste devant les Pyrénées, Archibald est le rayon de soleil qu’on attendait, celui qui a chassé la pluie, et qui va créer un arc-en-ciel rien que pour nos mirettes. Poète engagé d’aujourd’hui, il arrive, les bretelles tendues, le chapeau vissé sur le sommet de la tête, la chope bien remplie. « Enivrez-vous ! » qu’il nous dit ! « De vin, de poésie ou de vertu », eh bien nous, ce soir, c’est de chansons que nous allons être ivres. Ce soir, « Le spectacle retentira pour toutes ces fesses assises sur ces bancs de bois ».

Le public, attentif, écoute dans le silence le plus profond. Archibald s’accompagne seul, il chante, il fait du beat box, et il joue de la guitare, de la flûte traversière, et même de la machine à écrire ! Il nous conte sa rencontre avec Rufus, le SDF liseur de poèmes et il nous émeut en nous racontant l’absence de son père : « jamais t’as vu un de mes concerts, jamais tu m’as soutenu ».

La guitare à la main, Archibald nous charme, venant rencontrer nos oreilles attentives, en reprenant cette chanson de IAM : « Petit frère a déserté les terrains de jeux / Il marche à peine et veux des bottes de sept lieux / Petit frère veut grandir trop vite / Mais il a oublié que rien ne sert de courir, petit frère… ».

Dans la nuit profonde qui est tombé sur Sengouagnet, Archibald est roi. Ses chansons sont résolument engagées, elles sont le fruit de son indignation.
Il rend hommage aux « intergitans du spectacle », ceux qui l’ont fait rêver, qui lui ont mis des étoiles dans les yeux quand il était môme. Et avec lui, « on prend la route à perdre haleine, et là, on se retrouve en Espagne ! ».

L’air nonchalant et sûr de lui, Archibald nous raconte la réalité cruelle du monde dans lequel nous vivons. Archibald est comme un miroir qui nous fait voir notre propre reflet, celui qu’on essaye parfois d’oublier.

« Une plaie s’est ouverte sur les trottoirs de nos ruelles / Les effluves de sang qui en émane sont cruelles »

Il crée de la musique avec sa bouche comme si c’était une évidence. Il manie les mots et le son comme s’il l’avait toujours fait.

Il fait « Vallser » son public sur une ritournelle enjouée. « Comme c’est une chanson de droite, j’ai pris les accords à Charles Trenet », commente-il avec humour.

Puis quand le spectacle touche à sa fin, Archibald renfile son manteau couleur nuit, et sort, digne et fier.

http://archibaldsolo.wixsite.com/archibaldsolo