Portrait Dernière Fois / Claire Gimatt

© La Dépêche du Midi

La dernière fois que tu as lâché ta petite larme devant un film ?

Claire : Alors je pleure très souvent devant les films, quasiment à chaque fois ! Mais je dirais que la dernière fois, c’était Truman, de Cesc Gay, le film argentin avec Ricardo Darín et Javier Cámara. Ce film m’a vraiment beaucoup émue ! C’était des larmes de rires et de peine !

La dernière fois que tu as lâché ta petite larme sur une chanson ?

Claire : Sur « Le mal de vivre », de Barbara !

Ton dernier souvenir de concert inoubliable ?

Claire : Je dirais que c’était un concert où j’ai joué dans une ferme, sur des palettes empilées les unes sur les autres, et où je ne pouvais pas bouger parce que sinon je risquais de tomber par terre ! Mais c’était génial, il y avait une super bonne ambiance, et ils vendaient du fromage autour de moi. Donc je dirais que c’est ça, mon dernier concert inoubliable !

Ton dernier fou rire ?

Claire : J’ai énormément ri en regardant « Guillaume et les garçons à table ». C’était quand même il y a un moment mais on était avec des amis, et je sais pas, ça nous a pris comme ça les uns après les autres, et on rit comme pas possible pendant tout le film ! On a, je pense, embêté toute la salle autour de nous.

Ta dernière extase culinaire ?

Claire : Je suis partie en Slovénie il y a très peu de temps, fin août, et j’ai mangé un gâteau dont je serais incapable de prononcer le nom, mais ils font des desserts avec pas beaucoup de sucre qui sont super bons, avec des noix, de la pistache et tout ça. C’était super bon !

La dernière fois que tu es allée au cinéma ?

Claire : Je suis allée voir le film sur Noam Chomsky la dernière fois ! C’était il y a un moment. Et ça m’a plu, parce que ça condensait plein de choses, ça faisait comprendre plein de choses sur notre société, sur le libéralisme, et sur comment petit à petit ça s’est installé, et que c’était pas un hasard, et que c’était calculé. C’est des choses qu’on sait, mais là c’était vraiment dix points, avec des étapes, donc c’était super intéressant !

Le dernier disque que tu as écouté ?

Claire : Je dirais que c’était le dernier album d’Agnes Obel, « Citizen of glass », qui est génial !

La dernière fois que tu as vu un dessin animé ?

Claire : C’est pas très récent, mais je dirais que c’est parmi tous les Miyazaki ! C’est un peu les seuls dessins animés que je regarde vraiment beaucoup avec plaisir ! J’y connais pas grand chose, en dessins animés ! Mais « La Princesse Mononoké », « Le Château dans le Ciel », tout ça : j’adore !

Le dernier livre que tu as lu ?

Claire : Ah là je maîtrise mieux ! *rires* Le dernier, c’est le dernier roman de Fred Vargas, « Quand sort la recluse » ! C’est un roman policier génial, avec un héros complètement perché, Adamsberg, qui a du mal à avoir des raisonnements vraiment menés de bout en bout, et du coup il perd toute sa brigade… J’adore !

La dernière fois que tu es partie en vacances ?

Claire : Eh ben en Slovénie du coup ! C’était génial, je suis partie avec une amie, on est parties dix jours, on a fait de la randonnée un peu à l’arrache sans trop savoir où on allait, on a dormi à la belle étoile au bord de la rivière, on a regardé des concerts… Il y avait un festival à Ljubljana, du coup on voyait des concerts de musique turque, c’était assez drôle !

Ton dernier coup de coeur musical ?

Claire : Bah c’est Agnes Obel, quoi ! *rires* Je la connaissais pas, et quand j’ai découvert j’ai vraiment pris une claque énorme !

Ton dernier achat inutile ?

Claire : Un iPhone… *se cache dans ses mains* J’ai acheté un iPhone SE pour aller avec mon merveilleux Mac… que j’ai acheté il n’y a pas très très longtemps, alors que jusque là j’avais des vieux ordis… Mais du coup j’ai acheté un Mac, parce que comme je fais de la musique assistée par ordinateur, il était temps de passer à quelque chose d’un peu plus puissant et fonctionnel ! Et du coup j’ai acheté un iPhone…

Une dernière fois que tu veux nous raconter ?

Claire : Mhh… La dernière fois que… j’ai fait du bateau ! J’adore faire de la voile, et on est partis avec mon frère sur le lac de la Ganguise, et on a dormi à la belle dans une crique, et on a fait du feu, on a mangé… C’était super bien.

Une première fois que tu veux nous raconter ?

Claire : Je dirais, la première fois que j’ai joué mes morceaux en solo piano-voix ! C’était pour le concours Nougaro, et c’était la première fois que je jouais mes morceaux devant un public toute seule. C’était drôle parce que j’ai joué tout une octave plus haut, jusqu’au troisième et dernier morceau où je me suis rendue compte que ça sonnait bizarrement et que c’était pas normal… Mais sinon ça s’est très bien passée, puisque j’étais lauréate !

www.clairegimatt.fr

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Portrait Dernière Fois / Jules

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© Dominique Chauvin

La dernière fois que tu as lâché une petite larme devant un film ?

Jules : Je ne suis pas sûr que cela soit la dernière fois, mais à chaque fois que je vois ce film, je pleure, et pourtant c’est pas du tout un film triste : c’est « La Soupe aux Choux » ! C’est l’histoire d’un vieux veuf, sa femme est décédée. Elle revient, et elle a vingt ans. Elle le quitte, parce que lui, il a 80 piges, et il lui écrit une lettre, à un moment donné, lorsque lui il s’en va dans les étoiles. Et ce passage-là, à chaque fois, me tire la larme. Ca, et le film « Tandem », avec Jean Rochefort et Gérard Jugnot, qui me bouleverse. Et « La Petite Maison dans la Prairie », si vraiment je suis devant.

La dernière fois que tu as lâché une petite larme sur une chanson ?

Jules : La dernière larme que j’ai tiré, c’est assez drôle, c’est sur une chanson dont je ne comprends pas les paroles, qui s’appelle « Joséphine », d’un artiste islandais, il me semble, qui s’appelle Teitur. Rien que la mélodie et sa voix m’ont mouillé les yeux.

Ton dernier souvenir de concert inoubliable ?

Jules : Le dernier gros concert où je me suis dit « waow », c’était « Les Franglaises », parce que j’ai vraiment trouvé ça génial. Au niveau émotionnel, c’était un concert de Melissmell.

Après, en ce qui me concerne, y’a eu deux-trois concerts inoubliables cette année… Ce qui est drôle, c’est que je me souviens pas forcément où c’est, mais je me souviens des moments. L’idée c’est que quand tu montes sur scène, la scène est partout la même. Une fois que tu es sur scène, tu te fais ton îlot, et finalement, que tu sois à Santiago du Chili ou à Virzon, ça devient ton endroit. Donc c’est pour ça que les lieux m’échappent, mais pas le décor.

Et donc le dernier en date, c’est celui pour la fête de la musique, cette année. Et il y a eu deux-trois moments, qui sont des moments de félicité où tu te dis « Là, il se passe un truc » : et alors que cela fait soixante-dix mille fois que tu joues la même chanson, il y a un regard, soit avec le public, soit avec un des musiciens. Et il y a eu un moment où rien ne peut arriver, où tout peut s’écrouler et on continait toujours à chanter la chanson.

Ton dernier fou rire ?

Jules : Devant le Burger Quizz ! Sur une blague de Jean-Pierre Bacri, qui était invité. C’était une punchline qui m’a fait hurler de rire.

Ta dernière extase culinaire ?

Jules : J’essaye que cela soit le maximum, c’est-à-dire à peu près tous les jours… Mais sinon je voyage pas mal, et je fais que du tourisme culinaire. Donc là je reviens de New-York, et je sais pas si aux Etats-Unis, on mange si mal que ça, mais en tous cas, à New-York, on y mange pas trop mal ! Et peut-être que j’ai mangé le meilleur hamburger de ma vie ! J’en ai surement mangé un qui était le pire, aussi, mais en tous cas, ce moment là était parfait : j’étais en famille, dans un parc, c’était parfait !

La dernière fois que tu es allé au cinéma ?

Jules : Pour tout te dire, j’y suis allé il y a trois-quatre jours, parce que ma fille voulait essayer la 4DX. C’est avec des fauteuils qui bougent, tu prends de l’eau quand il pleut, du vent qui arrive quand il y a des tirs de balles, il y a des éclairs dans la salle, et tout… Une espèce d’attraction, quoi ! Et le film s’appelle Kin, c’est un petit mec, qui trouve un gros flingue, c’est un film d’action quoi. C’était pas mal, ma fille était heureuse, mais sans la 4DX j’aurais sûrement détesté !

Le dernier disque que tu as écouté ?

Jules : C’était un disque de Neil Young, sur ma platine vinyle il y a deux jours, qui s’appelle Hawks and Doves !

Le dernier livre que tu as lu ?

Jules : Eh bien là j’ai découvert un auteur de polars qui s’appelle Norek : c’est un ancien flic. J’ai lu les quatre à la suite, je suis en train de finir le quatrième : les trois premiers c’est sur des histoires de brigades dans le 93, et le quatrième se passe à Calais, dans la jungle, et c’est très très bien écrit ! Tous les soirs, je lis. Je peux pas m’endormir sans lire ! Je suis incapable de m’endormir sans lire, parfois c’est juste quatre lignes, parce que je suis fatigué et que je tombe, mais si je lis pas, je dors pas !

Ton dernier achat inutile ?

Jules : Des chaussettes, à New-York, que je mettrais surement jamais, parce qu’elles sont colorées -très très colorées-… Mais sur le moment, ça me plaisait !

Une dernière fois particulière que tu veux nous raconter ?

Jules : La dernière fois que j’ai vu Goldman en concert ! C’était en 2002. C’est un de ceux qui m’a donné envie de faire de la musique. On se disait déjà qu’il allait arrêter, et donc je me souviens hyper bien de ce concert. Il y a eu un espèce d’adieu musical. Souvent on dit « Tiens, lui, je suis dégoûté, je l’ai jamais vu sur scène » quand les gens décèdent – j’ai jamais vu Ray Charles par exemple, je suis dégoûté parce que j’adore ce mec -. Mais lui, je l’ai vu une dernière fois en sachant que ça allait être la dernière fois. Et comme j’ai de l’affection pour cet artiste, c’est en même temps un chouette souvenir et un truc un peu nostalgique ! Et depuis, mon fils guette un prochain concert, parce que lui il avait un an quand Goldman a arrêté, donc il l’a jamais vu,

Pour finir, une première fois que tu veux nous raconter ?

Jules : Restons dans la musique ! La première fois que j’ai vu la Mano Negra sur scène, j’avais treize ans, et là, je me suis dit « C’est ça que je veux faire ». J’y suis allé avec Sam, des Ogres. Et je crois que ce concert a changé notre vie. Le lendemain, on s’est retrouvé, et on a dit « Il faut qu’on fasse ça » ! On avait même pas de considération musicale, on s’était pas dit « Tiens, il faut qu’on joue des morceaux », non : on voulait être à leur place. Ca a été le déclancheur et ça a changé ma vie, forcément, parce que j’ai eu qu’un but professionnel, c’était d’être à leur place et d’avoir cette énergie-là, et de vivre ces moments-là sur scène. Ouais, c’est ça. La Mano, à la Cigale, en 88. C’est mon dépucelage musical !

julesofficiel.com

Mille Aujourd’hui – Festival d’Avignon

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mercredi 11 juillet

Du sable répandu au sol, un pied de micro, fier et droit, dressé, qui en sort. Trois silhouettes se dessinent dans la lumière : le décor est ainsi planté. Tout de suite, on capte ces regards : celui de Pierre-Olivier Bellec est beau et sûr, parfois loin derrière nous, parfois plongé dans chaque détail devant lui. Il est soutenu par les yeux, braqués sur lui, des deux musicien-nes qui l’entourent.

Ici, la poésie de Serge Rezvani est narrée sans être narrée, récitée sans être récitée, déclamée sans vraiment l’être… Parfois, on pourrait presque croire que Pierre-Olivier est au bord de l’explosion, tant le flot de sa parole se déverse et bouillonne.

On attend avec impatience les premiers mots du saxophone, car Léa Cuny-Bret est jusqu’à présent restée silencieuse… En un souffle, ce dernier, majestueux, fier et puissant, rejoint les mots de Pierre-Olivier, et nous invite à prendre place dans ce train, dans ce voyage onirique…

Les sons électroniques créés par François Rivère, le saxophone de Léa, les mots de Pierre : tout se mêle, se démèle et s’entremêle, comme une belle danse. Toujours en harmonie, au moindre arrêt du comédien, les deux musicien-nes s’arrêtent, attentif-ves, comme si tout pouvait s’évaporer d’un instant à l’autre.

On retient ces six yeux brillants, dans lesquels tout bouillonne et crépite : dans un crescendo splendide, le saxophone s’emballe, les doigts s’activent sur le clavier, la voix emplit la salle…

À chaque instant, on retient son souffle, comme si la moindre secousse pouvait faire s’écrouler cet instant. Parfois, l’écho de la voix de Léa, rejointe par celle de François, nous parvient, lointaine, comme le chant envoûtant d’une créature mystique.

« Théâtre concert contemplatif », c’est ainsi que le spectacle est décrit : le mot n’aurait pas pu être mieux choisi, puisque que nous sommes tous en contemplation devant cet instant envoûtant.

Mille Aujourd’hui nous invite, au sens propre comme figuré, à prendre la route pour un étrange voyage, bercé par la litanie de la mer, dans lequel toute mesure du temps est abolie.

« Je deviendrais lichen, calcaire, moins que ça, grain de sable, encore moins que ça, ombre de grain de sable, moins que ça encore… : rien »

www.avant-incendie.com

Barcella – Festival « Pause Guitare »

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mercredi 4 juillet

Ce soir, au Grand Théâtre d’Albi, sur un plateau magnifiquement illuminé par des lanternes, Barcella, « avec deux L, pour vous faire voyager » fait son entrée. Le grand poète, encore un peu enfant malgré sa carrure, nous invite à voyager avec lui, dans sa poésie si tendre. Slalomant entre chanson, poésie et rap, Mathieu, alias Barcella, signe des mélodies joyeuses, positives et légères.

La plume du poète, fine et touchante, dompte les mots. Acrobate, voltigeur, jouant avec les phrases et les rythmes, Barcella nous présente ce soir les chansons de son nouvel album, « Soleil ». Il porte merveilleusement bien son nom, puisqu’il est pour nous, ce soir, malgré l’orage qui a éclaté, un véritable rayon… de soleil ! Un peu magicien parfois, il chasse les nuages sur son passage, au sens propre comme figuré…

La poésie ludique et le flow inimitable de Barcella réunit petit-es et grand-es : rappelons-le, Barcella est celui qui fait « kiffer les kids », « flipper les filles » et « swinguer les rimes »… Endiablé et pétillant, rien n’arrête Barcella quand il est lancé sur scène : voyez donc avec sa mixtape !

L’émouvant Barcella, toujours entre l’enfance et l’âge adulte, fait venir l’émotion dans les moments les plus insolites. Lié avec son pianiste, sur « L’âge d’Or » , il nous laisse un goût de nostalgie dans le cœur. Définitivement, Mathieu illumine et irradie : positif et tendre, il est le poète de tous les âges.

barcella.fr

Le Projet Derli – Festival « Pause Guitare »

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© Alain Nouaux

mardi 3 juillet

À six sur scène, le Projet Derli lie des mélodies entraînantes sur lesquelles on tape volontiers des mains et des airs à fredonner. Wally et ses musicien-nes survolté-es sont comme une joyeuse bande de saltimbanques intergénérationnelle (c’est pas moi qui le dit, c’est Wally !). Wally, on le connaissait et on l’adorait avec ses fameuses chansons courtes et si drôles, mais cette fois, il nous présente des chansons longues et pas toujours si drôle. On retrouve tout de même avec joie son humour, mais ici, ce qui change, c’est l’ambiance, l’écriture et les ritournelles dansantes.

Wally chante la vie avec un grand V : sans le moindre artifice ni mensonge, toujours avec le sourire et l’accent aveyronnais qui va avec. Il nous raconte la « maladie » de la quarantaine, ce moment de la vie où on en a « plus derrière que devant », il nous conte le temps qui passe et nous dit que de toutes façons, « c’était mieux avant »… Le Projet Derli est définitivement marqué par la nostalgie.

Mais surtout, avec ce Projet Derli, Wally nous montre qu’il n’est pas qu’un blagueur, il nous prouve qu’il peut être très attendrissant et que sa plume fine est touchante quand il chante notamment l’histoire de cette jeune fille de seize ans, tout juste en début de vie : «  Elle ne le sait pas encore, tout ça ne fait que commencer »… Notre chanteur aveyronnais tombe le masque de Wally pour celui de Lilian, avec la magnifique chanson sur sa grand-mère, sa « mémé », ou encore sa « seule chanson d’amour » : son rôle de déconneur s’efface tendrement pour nous montrer un beau visage émouvant.

Parfois presque philosophique, cette joyeuse bande s’interroge sur la différence entre le plaisir et le bonheur : ils nous donnent leur propre définition du bonheur, qui en fait se cache dans les choses les plus simples, comme un buffet à volonté, des chips à l’ancienne… et un concert du Projet Derli, ça oui, je vous l’assure !

En nous quittant, le Projet Derli laisse flotter une atmosphère merveilleusement positive et l’esquisse d’un grand sourire sur les lèvres. En tous cas, ce soir, les six artistes quittent la scène du Grand Théâtre d’Albi en laissant derrière lui un public sous le charme, et debout pour les applaudir et les remercier, prêt à accueillir la grande Juliette…

facebook.com/leprojetderlidewally/

Promenade chantée – Festival « L’air du temps »

vendredi 11 mai

Sur les coups de 11h, le pôle de l’âne et du cheval de Lignières est rempli d’un public au beau sourire, qui, en tee-shirt légers – car le soleil s’est montré ce matin – est prêt à parcourir la nature lignéroise dans le cadre de cette ballade chantée. Babx, fil rouge de cette année, Thibaud Defever, Elie Guillou, L (Raphaële Lannadère) et Julien Lefèvre nous mènerons à travers le monde dans un beau voyage. En effet, Babx a choisi cette année le thème équestre pour cette ballade. Il ouvre alors cette promenade par une chanson de Marcel Kanche « Va chevalier ».

Cette bonne heure de ballade nous fera passer par le portugal avec un émouvant fado interprétée par Raphaële, puis Elie nous emmènera en Patagonie, en nous chantant la complainte d’un de ces cavaliers argentins, désespéré d’avoir perdu son destrier. Thibaud et Julien accompagnent ces chants, respectivement à la guitare et au violoncelle.

Le bord d’un lac, les escaliers d’un hippodrome, une mare aux grenouilles, c’est les lieux qui accueilleront les chansons de la joyeuse bande. Les marches d’un lieu à un autre seront animées par des musiques, diffusées par une enceinte, bien entendu toujours en accord avec le thème. Le soleil et les oiseaux accompagnent cette promenade.

Nicolas Jules – Festival « L’air du temps »

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Photo : Flavie Girbal

vendredi 11 mai

Comme venus d’une autre planète, Nicolas Jules et ses deux acolytes débarquent sur la scène des Bains-Douches. Avec leur air un peu menaçant, c’est vrai qu’on se demande un peu qu’est ce qu’on fait là, et on se dit que Nicolas a bien raison de nous souhaiter « bonne chance »… Car avec Nicolas Jules, on ne sait jamais vraiment bien vers où on se dirige.

On aime chez lui son timbre si beau, cette voix grave qui bouleverse, mais aussi son air divinement perdu dans les nuages, son tempérament délicieusement excentrique. Avec lui, la folie n’a jamais été aussi agréable.

Il est accompagné de ses deux musiciens, d’un côté, Roland Bourbon, « le physique typique du girondin », « l’étalon », un énergumène à l’air un peu étrange, vêtu d’un simple veston sur son torse nu, qui, en plus, fait la baleine ; de l’autre, Clément Petit, « rencontré dans les Pyrénées quand il était encore marcassin », qui manie merveilleusement le violoncelle de ses « pattes »… Une bien belle brochette !

Ce qu’on adore avec Nicolas, c’est son apparence nonchalante, son calme et son sérieux apparent, son air imperturbable, en totale opposition avec sa folie, ses révérences, ses danses improbables et ses hurlements, et puis ses chansons, si poétiques mais loufoques : « Pour toi, je laisse allumé le dernier étage de mes pensées ».

Après son magnifique titre « Bétonneuse » – j’avoue, mon préféré… -, un petit « Bravo ! » attendrissant retentit dans le silence de la salle. Il paraît que la vérité sort de la bouche des enfants… Sa voix est un instrument avec lequel il s’amuse, et qu’il triture et modèle comme de la pâte à modeler.

« Le chien du désir aboie dans ma poitrine
Un parfum de fille me parle au creux de la narine […]
Adieu, fille de mes fièvres, […]
Je grille le feu rouge de tes lèvres »

C’est l’artiste complet qu’il est qui le rend si incroyable et qui fait qu’il est aujourd’hui un de mes artistes préférés. Comme un équilibriste, il parvient à faire de son spectacle un lieu plein d’humour, de poésie et de mélodies. Son univers est profondément rock et on n’en ressort pas indemne : car à un concert de Nicolas Jules, on laisse toujours un petit morceau de soi.

Cabaret Matinal – Festival « L’air du temps »

jeudi 10 mai

Un verre de thé bien chaud et une bonne écharpe pour affronter le froid lignérois et nous rejoignons ce petit bout de clairière, tout juste éveillé.e.s… Un grand feu de bois, quelques rondins, les murmures des oiseaux, l’eau d’une rivière qui coule joyeusement… Voilà le décor dans lequel David Sire et Elie Guillou nous accueillent, pour ce petit instant de poésie matinale, qui nous extirpe de la courte dernière nuit…

Nous arrivons un peu en retard, n’ayant pu respecter l’horaire matinal de 9h30 (Frédéric Fromet, la veille, nous ayant tenu.e.s éveillé.e.s jusqu’à tard…) : quand nous pénétrons dans ce petit coin de poésie, une mélodie est jouée par Thibaud Defever (anciennement Presque Oui).Ici, dans ce petit cocon intime, chacun.e est libre d’amener ses « bidules », ses chansons, pour en interpréter un morceau autour du brasier.

Seul l’art peut créer des moments hors du temps comme celui que nous avons vécu : un moment où, à peine sortis de la torpeur de la nuit, des gens se rassemblent autour de la chaleur d’un feu, un moment où une guitare s’échange. Ainsi, on peut écouter des chants kurdes, une chanson parlant d’un vieux manège, ou encore l’histoire de deux bébés dans le ventre de la mère qui se demandent si il y a une vie après l’accouchement…

C’est David Sire qui conclut cette parenthèse matinale, avec une chanson tout à fait adaptée à la situation : « Nous ferons des feux comme des fenêtres ». Tout se finit sur les applaudissements chaleureux d’un public désormais bien éveillé, prêt à affronter, car armé de poésie, la journée qui arrive…

Frederic Fromet – Festival « L’air du temps »

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© Albert Weber

Alors que rententit le jingle d’un télécrochet de chant bien connu, Frédéric Fromet débarque avec nonchalance, vêtu d’un tee-shirt AC/DC. Dès son arrivée, la couleur est annoncée : ce soir, l’humour sera bien foncé. Son imitation de Renaud -très bonne, d’ailleurs- est elle-même recouverte d’une épaisse couche d’humour grinçant.

Sans jamais tomber dans le lourdingue, l’humour de Frédéric Fromet ne tarit pas. Il joue le parigot méprisant, et le rôle lui colle à la peau. Il maîtrise l’autodérision à la perfection. Sans aucun filtre, il ose toutes les blagues, même les plus grivoises.

Ce qui est agréable avec ce garçon, c’est de le voir rire à ses propres bêtises : il s’amuse lui-même, c’est pour cela que cela marche, aussi. Il se moque allègrement, il charrie, et tout le monde y a droit : les footeux.ses, les joggeur.se.s, les enfants, les vieux…

Bienvenue dans l’univers de Frédéric Fromet : une farce, une mauvaise comédie délicieusement cynique !

www.fredericfromet.fr

Sandra Nkaké – Festival « L’air du Temps »

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© Benjamin Colombel

mercredi 9 mai

C’est le son d’une flûte traversière qui accueille Sandra Nkaké, applaudie déjà comme une reine dès son entrée, vêtue de rouge, dans sa grandeur et sa splendeur. La puissance de cette voix résonne : elle est de celles qui remuent l’intérieur. Les Bains-Douches de Lignieres sont remplis de cette puissance vocale qui se dégage et de cet aura chaleureux qui se répand.

« Merci d’être venu.e.s aussi nombreux.ses, bon voyage. » : la simplicité troublante de ses mots, et puis son grand sourire, et ses bras tendus vers nous, sont comme une invitation à la rejoindre dans son univers.

Avec les quatre artistes qui l’entourent, ses ami.e.s de voyage, ils créent tous ensemble une faille temporelle, un moment hors du temps. Sa silhouette fière et grand se dessine dans la lumière, l’absorbe puis la reflète. Sandra emplit l’espace par sa voix.

Les danses de la chanteuse sont entraînantes et les sourires étincelants de ces cinq artistes nous charment. Parfois, alors que le calme est là et que Sandra Nkaké envoûte de sa voix, les musicien.ne.s autour d’elle semblent entraînés dans une folie passagère, et tous les instruments se déchaînent pour notre plus grand plaisir.

Il s’agit d’un spectacle qu’on retient, où tous les éléments s’accordent en une harmonie parfaite : les jeux de lumière envoûtants, la musique à la fois, profondément jazz et soul, mais en même temps très rock… Cette flûte traversière, maîtrisée à la perfection par Jérôme Dru, faisant voyager le public dans des contrées lointaines, donnant à Sandra cette force majestueuse…

Sandra Nkaké, finalement, est lunaire : inspirant par son tempérament la force, elle est semblable à une déesse qui devant nous ondule. Parfois douce et fragile, parfois sauvage, elle est un peu métamorphe, et son spectacle, lui, est semblable à une tempête, une mer déchaînée.

Sandra Nkaké « mange la vie par tous les bouts » : son souffle si beau, sa voix si profonde font d’elle une chanteuse incroyable. Finalement, elle conclut ce moment hors du temps et de la réalité en remerciant Annie et Jean-Claude Marchet d’avoir « planté en elle le germe de la folie »… Joliment dit, n’est-ce pas ?

sandrankake.com